Une étiquette seule ne vaut rien ; cent mille étiquettes, c'est un chapitre d'histoire d'une région qui se raconte, témoignage documentaire, voire même l'histoire sociologique toute entière de notre pays.
Jannic a jugé judicieux de procéder par sélections de sujets ; il s'est donc attaché à assembler et à ranger méthodiquement tout ce qui pouvait constituer une série qui raconte des modes de vie des régions de notre pays.

Pour le plus grand bonheur du public, Jannic, collectionneur-partageur, expose dans la France entière des panneaux à thèmes qu'il a réalisés.

Extrait du livre « Les Esthétiquettes, Eloge Souriant de l'art dans le Vin » de Paul Azoulay, éditions Art & Vin, 2007

lundi 28 mars 2016

Texte de présentation d'une expositions d'étiquettes de vin à Carmaux

JANNIC LEROY
UN HOMME ÉTIQUETÉ OENOGRAPHILE

Que les fins dégustateurs me pardonnent. Alors que le vin et moi «sommes liés» de longue date, je me suis plus intéressé aux esthétiques étiquettes de vin qu'au vin lui-même, à la robe plus qu'au corps, au contenant plus qu'au contenu, car j'ai toujours considéré plus beau ce qui est inutile. Les étiquettes et la bouteille qui contient le précieux liquide ont d'abord flirté ensemble, et alors que cette liaison ne semblait pas vraiment sérieuse, ils ont fini par vivre à la colle, s'affichant sans gêne dans les lieux publics et menant la grande vie, celle qu'on appelle la vie de château. Avec le temps, leurs liens se sont encore plus resserrés et aujourd'hui qui oserait contester la légitimité de leur union ? L'image et le liquide s'accouplent avec bonheur et les oenographiles, c'est-à-dire ceux qui, comme moi, collectionnent les étiquettes, ont appris à leurs dépens que ces satanés bouts de papier avaient beaucoup de mal à quitter la bouteille après la fête. J'ai ainsi formé ma collection en songeant davantage aux esthètes de la pupille qu'aux esthètes de la papille. Grâce à la bouteille promue cimaise - chargée d'une nouvelle mission - une pléiade d'artistes ont pu montrer leur habileté et, plus près du terrain, le nez enfoui dans le terroir, de nouveaux imagiers ont su encore mieux chanter le vin, la vigne et le vignoble. Lorsque le vin est tiré, avant qu'il prenne de la bouteille il faut pouvoir le vendre, et pour sa vente, il se vante... et l'on fait appel à des artistes chargés d'exacerber notre sensibilité. Les «bouilleurs de crus» font appel aux «barbouilleurs du cru» et le dessin des uns sert aux desseins des autres. Véritable petit chef-d'oeuvre graphique quelquefois, simple graffiti d'autres fois, l'étiquette est la signature et la marque du vin, elle en est la carte d'identité, l'acte de naissance, son certificat d'origine, son signe distinctif, elle en est aussi le sceau et elle doit renseigner le consommateur sur la qualité et la provenance du précieux liquide. Aucune denrée alimentaire n'a suscité autant d'évocations, de controverses, d'avis, de débats, d'interrogations et d'études que le vin, symbole de jovialité et d'hospitalité. Heureusement, l'étiquette, sa fidèle compagne, a su s'adapter et s'adopter ; ce bout de papier aime tout ce qui brille et, comme le vin, peut devenir aristocrate, objectif ou «chaud vin». Il est bon de rappeler que les étiquettes restent le seul souvenir tangible de moments de joie et de paix, qu'elles sont les dateurs de sagas familiales et les seules archives durables de fugaces moments de plaisir. J'en possède plus de cent mille mais, soyez rassurés, ce n'est pas avec ce que j'ai bu que j'ai pu constituer ma collection ! J'entends que cette exposition rende le même hommage aux «faiseurs d'étiquettes» qu'aux «faiseurs de piquette». Les sportifs démontrent avec leurs pieds, les poètes raisonnent avec les leurs, les vignerons aussi, et quant aux oenographilistes eux, leur éthique reste l'étiquette.